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Bolivie - Huayna Potosi (6088 m)


de Jérome, 03-05-2008

Ascension du Huayna Potosi


Samedi 03 Mai 08.
Olivier et Jérome partent de l'hôtel Milton à 09h00 pour se rendre à l'agence Huayna Potosi Travel Agency où un minibus les attend. Ils quittent le centre de La Paz et ils s'arrêtent quinze minutes plus tard au local de stockage de matériel de l'agence. Là, les personnes de l'agence leur remettent ce dont ils auront besoin pour les trois jours à venir : chaussures étanches ressemblant à des bottes de snowboard, crampons pour la neige, moufles, veste coupe-vent, sur-pantalon, sous-pantalon thermique en polaire, duvet et "sac à viande" thermique en polaire. La veille, sur les conseils de l'agence, ils avaient acheté bonnet, gants, écharpe, chaussettes, chocolats, barres énergétiques et feuilles de coca. Une fois équipés, ils partent en direction du premier refuge accessible par la route, à 4700 mètres d'altitude.
Ils arrivent vers 12h30 au refuge, rencontrent leur guide Feliciano qui leur fait essayer tout leur équipement et règle leurs crampons. Puis, ils vont déjeuner.
Après le repas, ils se rééquipent et quittent le gîte pour un entraînement sur glacier. Ils marchent pendant 45 minutes, très doucement car à cette altitude, tout effort demande plus d'énergie.
Les voilà maintenant devant le glacier. Ils chaussent leurs crampons et s'arment de leurs piolets afin d'apprendre les rudiments de la marche sur glace, les différentes techniques pour monter et descendre, et enfin, comment escalader un mur de glace et comment le descendre en rappel. Après deux heures d'exercice, ils retournent au gîte. Jérome en profite pour faire part au guide qu'il ne possède pas de lampe frontale. A La Paz, l'agence avait dit qu'il y en aurait gîte, mais ce n'est pas le cas. Le guide doit donc retourner à La Paz et reviendra demain matin.
Le dîner est servi à 18h00 et Jérome et Olivier ne sont que tous les deux dans le gîte ce soir. A 18h30, la cuisinière leur demande s'ils vont se coucher juste après manger. Ils lui repondent que non, ils ne pensent pas se coucher à 19h00 alors que demain matin, ils pourront dormir jusqu'à 8h30. Sur ce, elle leur souhaite une bonne nuit et part du gîte.
Ils ne sont que tous les deux. Pas de livre, pas de musique, rien ! Alors ils s'attellent à faire partir un bon feu de cheminée mais pas facile avec du bois humide ! Après un certain temps, les voilà devant une belle flambée. Ils trouvent un Backgammon alors ils font quelques parties. Et vers 21h00, ils décident d'aller se coucher.

Dimanche 04 Mai 08.
Jérome et Olivier se lèvent vers 08h30, prennent leur petit-déjeuner, préparent leur sacs pour le grand départ et attendent l'heure du déjeuner en regardant, avec un mélange d'admiration et de crainte ce sommet qui les attendent, recouvert de neige, impressionnant du haut de ses 6088 mètres : le Huayna Potosi. Ils discutent avec des personnes qui en redescendent et qui n'ont pas réussi à aller au bout. Cela semble difficile. Ils commencent à douter...
13h00. C'est parti. La première étape consiste à rallier le second gîte à 5300 mètres d'altitude. Pour cette première marche, pas besoin d'équipement spécifique. Mais comme ils en auront besoin le dernier jour, il faut le transporter dans les sacs à dos, en plus des duvets, de l'eau, etc. Les sacs font une bonne dizaine de kilos.
Deux heures et 45 minutes plus tard, après avoir marché, parfois même escaladé au milieu des pierriers et foulé les premières neiges, ils arrivent au gîte. C'est beaucoup plus sommaire que le précédent gîte. Une pièce fait office de salle à manger et dortoir, 15 m² tout au plus. Une autre pièce minuscule sert de cuisine. L'ensemble est constitué de tôles et de planches d'aggloméré. Les toilettes sont dehors, sous une sorte de tente et se composent de quatre planches et d'un trou dans la neige.
Ils dînent à 17h00 et à 18h00, au lit. Ce soir encore, ils ne sont que tous les deux, avec le guide en plus. Malgré l'heure, Jérome arrive quand même à s'endormir, fatigué de la marche. Mais à 19h30, Jérome se réveille et là, presque impossible de se rendormir. Surtout que une température dans la pièce en dessous de 0° C.

Lundi 05 Mai 08.
A minuit, le reveil sonne. Ils se lèvent et s'équipent tout de suite. Ils prennent un petit-déjeuner léger (maté de coca et petit pain). Ils quittent le gîte à 01h15 du matin, dans une nuit d'encre, les étoiles pour les accompagner et les lampes frontales pour éclairer leur chemin. Jérome est le troisième et dernier de cordée. La nuit se referme derrière lui. Il doit faire -10°C.
Ils avancent doucement, pas à pas, avec leurs crampons aux pieds. Entre la chaussure et les crampons, ils doivent bien avoir un bon kilo à chaque pied. Le manque de sommeil de la nuit se fait sentir. Les pas sont des réflexes et Jérome s'endort presqu'en marchant. Pour le moment, il n'y a pas de difficultés particulières mais l'altitude et le manque d'air rendent la progression pénible. Il n'y a pas de paysage à admirer alors Jérome se concentre sur sa respiration et sur les pas d'Olivier. C'est déjà difficile. Le sommet n'est pas gagné...
Vers 03h00, ils arrivent face à leur premier obstacle : un mur de 30 mètres de haut incliné à 45°. Et juste devant ce mur, une faille d'un mètre de large et de quatre mètres de profondeur. Le guide passe devant, monte en haut du mur et accroche la corde qui va les assurer pendant la montée. Olivier enjambe la faille et commence à grimper. Accroché à lui par quatre mètres de cordes, Jérome le suit dans la foulée. Il a du mal à trouver une accroche avec son piolet. Lorsqu'enfin il enfonce le piolet dans une neige plus dure, il peut commencer cette courte mais fatigante ascension. Bientôt arrivés en haut, Jérome et Olivier font une pause, mangent un peu de chocolat, une orange et des fruits secs pour reprendre de l'énergie.
Ils reprennent leur progression, sans plat, sans descente. Monter, toujours monter. Jérome sent qu'il arrive au bout de ses forces et pourtant, le plus dur reste à faire.
A 4h45, le guide leur annonce que le sommet n'est plus qu'à 200 mètres. Mais après avoir discuté avec plusieurs personnes, Jérome et Olivier apprennent que ces 200 derniers mètres vont être plus durs que les huit kilomètres précédents. Devant eux, ils devinnent dans la nuit un mur de neige et de glace à 55° ou 60° de pente. Ils ont dejà fourni beaucoup d'efforts, ils n'ont presque plus de forces. Ils sont à plus de 5900 mètres d'altitude et l'air est rare. Maintenant, c'est le mental et la volonté qui doivent prendre le relai. A l’aide de leur piolet, ils se hissent, pas à pas, le long de ce mur. Ils font 10 ou 15 mètres et ils font une pause. Plus ils avancent et plus les pauses sont rapprochées. La tête commence à tourner et Jérome a envie de vomir. Ils sont épuisés, prêts à craquer. Mais non, pas si prêt du but ! Plus que 100 mètres. 100 terribles mètres. Chaque pas, c’est 50 mètres de gagnés. Derrière eux, le ciel devient légèrement rose. Jérome et Olivier s’encouragent mutuellement. Plus que 20 mètres, 10 mètres , 3 mètres. Un dernier coup de piolet et ça y est. 6088 mètres !!! Jérome est à bout de force. Il s’allonge sur la glace. Il a du mal à respirer et toujours envie de vomir. Mais le sourire aux lèvres. Ils y sont arrivés ! Le ciel devient rouge et devant eux se dévoile une mer de nuages. On aperçoit au loin La Paz encore illuminée et tout au fond, le lac Titicaca. Jérome immortalise le moment en photo. Ti Wombat est même monté avec Jérome. Il est sûrement devenu le wombat qui est allé le plus haut au monde. Après une demie heure à admirer ce spectacle, Jérome et Olivier redescendent le mur en rappel, et comme il fait maintenant jour, ils se rendent compte de ce qu’ils ont fait. Jérome passe à l’avant. Ils retrouvent ces grandes étendues de neiges que qu’il n’était pas possible de voir ce matin. C’est magnifique ! Mais comme toutes leurs forces ont été brûlées par l’ascension, leurs jambes sont complètement vides pour la descente.
Deux heures plus tard, Jérome et Olivier arrivent au gîte de 5300 mètres. Ils récupèrent leurs duvets et toutes les choses qu’ils avaient laissées là pour l’ascension. Ils repartent en direction du premier gîte. La descente devient horrible. Les pierres glissent sous leurs pieds. Jérome a ses jambes qui tremblent de fatigue. C’est un zombie. Il avance penché, la bouche ouverte. Il est complètement vide. Les 500 derniers mètres lui paraissent une éternité. En arrivant au gîte, Jérome est obligé de s’arrêter entre deux volées de cinq marches tellement il est fatigué. Jamais il n’aura été autant au bout de ses forces, au-delà de ses limites.
Jérome et Olivier déjeunent et attendent leur transport retour vers La Paz. Puis vers 16h30, ils prennent un taxi pour rejoindre Nathalie et Laure a Coroico.
Cette ascension aura été une expérience unique, magnifique, marquante. Et si Jérome en retire une certaine fierté, c’est surtout une grande leçon d’humilité face à cette nature qui lui a autorisé d’admirer ce spectacle et qui lui a montré ses limites et au-delà.

Commentaires sur cet article
Zobi la mouche
Boah, le Huayna Potosi c'est pas si dur! Faut pas exagerer la difficulte quand meme!
Si t'avais été faire une vraie ascension de plusieurs semaines avec du vrai dénivelé (pas en partant de 4700) ou un 8000, là oui, on aurait compris!
 

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