
Dimanche 13 Avril 08.
En arrivant a Potosi vers 17h00, nous prenons un colectivo pour rejoindre le centre-ville, recherchons une hostal et nous arretons a lŽhostal Casona situee dans un beau batiment avec cour interieure. Nous choisissons notre chambre et critere indispensable et vital : il y a de lŽeau chaude !
Cette ville est situee a une altitude de 4070 metres, ce qui fait de Potosi une des villes les plus hautes du monde. Nous partons prendre connaissance des alentours. Rien a voir avec Uyuni. Ici, cŽest une ville historique, pavee et plus moderne.
En allant se renseigner sur la visite de la mine a Koala Tours, nous rencontrons deux Francais, Pierre et Olivia (de Lille), que nous recroisons au marche. Nous dinerons finalement ensemble, chacun racontant son voyage. Eux voyagent six mois en Amerique du Sud a velo. Courageux !
Lundi 14 Avril 08.
Nous passons la journee a faire quelques achats (miel bolivien, feuilles de coca, fourchettes, fromages...), a deposer notre linge a la laverie, a reserver le tour pour la mine malgre la tres longue hesitation de Nathalie (qui nŽetait pas trop rassuree et qui se sentait genee de voir tant de pauvres hommes faire un travail si dur et si odieux), a utiliser internet pour les photos et le blog.
Mardi 15 Avril 08.
Ici, le petit-dejeuner ne peut etre servi avant 08h00. Or, nous devons etre a 08h15 devant lŽagence Koala Tours. Nous retrouvons Florencia, rencontree hier, une Espagnole dŽorigine dŽUruguay, au petit-dejeuner. En dix minutes, le tout est avale.
Ensemble, nous allons a lŽagence et vers 08h30, nous montons tous a bord du minibus qui nous conduit un peu plus loin, dans un local ou on nous remet notre tenue de mineur. Equipes de nos pantalons, vestes, bottes, casques et lampes frontales, nous nous dirigeons ensuite vers le marche des mineurs ou le but de cet arret est lŽexplication et lŽachat de materiels que nous offront ensuite aux mineurs. Nous preparons pour eux deux sacs complets avec eau, feuilles de coca, baton de dynamite, detonnateur et sulfate de sodium. Puis, nous allons vers lŽusine de traitement des minerais ou il respire bon les produits chimiques et lŽinsecurite.
Apres que Mabel, notre guide francophone, nous ait explique le processus pour recuperer les minerais dans la roche, le minibus nous monte au puissant Cerro Rico, la montagne qui fait vivre Potosi de sa mine dŽargent. Cette mine est en exploitation depuis 1572. A lŽinterieur de cette montagne dŽorigine volcanique qui domine la ville, on trouve plus de cent minerais (argent, cuivre, zinc, plomb, antimoine, amiante, fer, soufre, etc). Chaque jour, entre 15 000 et 20 000 mineurs vont travailler dans les entrailles de cette montagne, dont 1000 enfants de 10 a 15 ans. Il faut savoir que les mineurs font partie dŽune cooperative (il y a environ 30 cooperatives qui louent la mine a lŽEtat) et sont ainsi leur propre patron. Chaque jour, 4000 tonnes de roches sont extraites du Cerro pour ensuite etre traitees.
Nous entrons dans le tunnel et decouvrons que celui-ci est recouvert de pierres taillees formant une jolie voute. Oeuvre de la periode coloniale. Jusque la, tout va bien, nous tenons encore debout puisque le tunnel fait environ deux metres de haut. Nous arrivons dans un petit musee evoquant lŽhistoire de la mine. Et a partir de la, nous commencons notre descente jusquŽau quatrieme niveau. Les tunnels se font de plus en plus etroits. Nous marchons accroupis, parfois meme nous rampons. LŽair est irrespirable malgre nos protections. Une poussiere fine et acre sŽinfiltre dans notre gorge et nos bronches. On se demande bien comment font ces mineurs pour supporter toute cette poussiere. Normalement, ils sont censes porter des masques mais cela devant plus les gener quŽautre chose, ils nŽen portent pas. CŽest certainement pourquoi, une fois entrer dans la mine, ils nŽont generalement plus que 15 a 20 ans a vivre. Il faut preciser que lŽesperance de vie des mineurs est de 45 ans. Ils souffrent dŽinfections respiratoires (silicose, tuberculose), de diarrhee et de rhumatismes. Souvent, ils en meurent. Quand ce nŽest pas de maladie, ils meurent dans un effondrement de galerie. Depuis le debut de lŽannee, il y a deja dix personnes decedees et chaque annee, une quarantaine de vie sont perdues dans cette mine. Pour resister, les mineurs machent des feuilles de coca. Ils en forment une grosse chique dans le coin de la bouche. La coca leur permet dŽattenuer les effets de lŽaltitude (car la mine est a 4320 metres), de donner de la force, de couper la faim (pas le temps de manger), de lutter contre la fatigue et lŽendormissement.
Nous continuons a nous enfoncer. Sur les cotes des tunnels principaux, des petits tunnels servent dŽascenseur pour monter et faire descendre la roche arrachee a la montagne. Sur les parois, des cristaux jaunes montrent la presence de soufre, les cristaux blancs, la presence dŽamiante et les paillettes brillantes de pyrites supposent la presence dŽargent.
Nous nous glissons a travers un petit tunnel en rampant dans cette poussiere qui irrite les yeux, les narines et la gorge, et debouchons sur une minuscule cavite ou trois mineurs sont en train dŽentailler la roche a coup de pioche. CŽest un dur labeur, accentue par cette chaleur humide, et surtout, par cet air irrespirable. Ils creusent, tapent, percent, piochent, la chique de coca bien calee dans la bouche. Ils ne disent rien. Ils forcent. Ils sont degoulinant de sueur. Pas de masque bien sur, mais ils ont quand meme leur casque. La cadence est rythmee par les "ping" des pioches dans la roche, cadence reguliere et abrutissante. Nous devons nous coucher a terre pour pouvoir les regarder a lŽoeuvre. Pendant ce temps, Mabel nous donne quelques informations et nous demande si nous voulons poser des questions aux mineurs. Nathalie leur demande depuis combien de temps ils travaillent dans la mine : 15 ans. Puis, en leur souhaitant "una buena suerte y un buen coraje" (bonne chance et bon courage), Nathalie remet a "jefe" (chef) un sac "kit complet pour mineur".
Nous remontons de cette cavite et allons dans une petite chapelle ou chaque mardi (premier jour de travail de la semaine) et chaque vendredi (dernier jour de travail de la semaine), les mineurs font des offrandes au dieu Tío pour esperer avoir de la chance. Nous (le groupe de cinq Francais que nous sommes et notre guide Mabel) mettons une cigarette allumee qui se consumera dans la bouche de Tío.
Voici donc maintenant venue lŽheure de la remontee. Nous escaladons des echelles et reprenons le chemin dans le sens inverse. Arret photo au passage avec deux mineurs faisant une pause coca (sans cola). Nous nous arretons a mi-chemin pour reprendre notre souffle. A cet endroit, une femme allemande craque. Elle est dŽun autre groupe qui nous suit. Prise de panique, essoufflee, elle se met a pleurer et veut sortir au plus vite. Accompagnee dŽun guide, nous la laissons passer et elle sera ainsi escortee jusquŽa la sortie.
Nous continuons notre remontee. Nous avancons tres lentement. De toutes facons, on ne peut pas aller plus vite, cŽest etroit, il fait chaud et la poussiere empeche la respiration. Nous recroisons un mineur auquel Jerome remet notre deuxieme sachet "kit complet pour mineur".
Nous revoila dans le grand tunnel de lŽentree. Nous pouvons maintenant nous mettre debout. LŽair y est plus frais. On avance, les pieds dans les flaques dŽeau et la boue grise. " Attention ! wagon !" Tout le monde se range sur les cotes. Le wagon sŽest arrete pour nous laisser passer. A son bord, deux mineurs, un dans une benne et un aux commandes. Nathalie ne peut sŽempecher de serrer la main de ce pauvre mineur dans la benne. De ses deux mains, elle enveloppe chaleureusement cette petite main noire de mineur et elle lui souhaite le sincerement "le deseo une buena suerte y un buen coraje" (je vous souhaite une bonne chance et un bon courage). Poliement, le mineur la remercie et le wagon repart.
Nous apercevons la lumiere du jour et bientot, nous sortons au grand air. Nos poumons respirent a nouveau. Pres du petit hameau a la sortie de la mine, les guides montrent comment les mineurs preparent les batons de dynamite et courent vite les jeter plus loin afin que nous nous rendions compte de la detonation. Rien quŽa lŽair libre, cette explosion est impressionnante alors on imagine a lŽinterieur de la mine et les dangers que cela engendre.
Le minibus nous redescend au local ou nous reprenons nos tenues de touristes. Cette visite fut une experience extraordinaire et inoubliable car rares sont les mines en cours dŽexploitation visitables. Nous avons vu la durete de ce travail et ses conditions abominables. Nous avons vu le courage de ces hommes. Nous avons vu leur souffrance. Pour nous, une belle lecon de vie...
Mercredi 16 Avril 08.
Nous partons visiter Potosi. Potosi est la ville la plus haute de sa taille au monde. Nous partons par les ruelles pavees ou trainent quelques chiens errants. Nous arrivons sur la jolie Iglesia de Santo Domingo dont nous ne pouvons pas visiter lŽinterieur car elle est fermee. Nathalie veut prendre en photo une vue dŽensemble de la rue mais une petite dame en tenue traditionnelle a lŽangle de cette rue se cache le visage pour ne pas paraitre sur la photo. Ici, les gens nŽaiment pas du tout etre pris en photo. DŽailleurs, Jerome a failli se prendre une patate dans la figure quand il avait voulu prendre un plan large du marche...
Nous descendons la rue Cobija. CŽest la sortie de lŽecole. Les mamans, mamies ou papis viennent chercher les enfants qui aujourdŽhui ont fabrique des petits chapeaux en forme dŽoreilles de souris.
Nous passons devant le musee Santa Teresa, un musee dŽart religieux ; nous passons notre chemin et continuons vers la Plaza Arce ou se jouent des parties de babyfoot frenetiques alors que les petits enfants se balancent sur des balancoires grincantes.
Nous poursuivons notre balade jusquŽa la petite place remplie de vendeurs dŽempanadas, de livres, sacs, vetements, papeterie, etc, a cote de la toute recemment renovee Iglesia de San Bernardo.
Nous traversons ensuite le marche qui est un veritable centre commercial ! On y trouve de tout, du shampoing aux chaussures en passant par les sous-vetements, ustensiles de cuisine, vaisselle, bijoux, livres, etc.
Nous dejeunons dans un restaurant pas touristique du marche. Pour 11 Bolivianos (1 Euro), on a une soupe, une salade, un plat de viande avec pommes de terre et pates, et un orange en dessert. Valable !
Jeudi 17 Avril 08.
Nathalie a tres mal dormi cette nuit. Malgre la polaire, le jogging, les chaussettes et les quatre couvertures, elle a grelote de froid toute la nuit. Normal, aujourdŽhui, elle a eu diarrhee, vomissement et fievre. Elle est restee au lit toute la journee. Elle nŽa rien mange si ce nŽest un peu de riz avant dŽenchainer la nuit.
Pendant ce temps, Jerome a fait des allers retours a la pharmacie et en a profite pour mettre des photos sur le blog et envoyer des e-mails.
Vendredi 18 Avril 08.
Au reveil, 40,1 degres de fievre. Jerome appelle notre assurance AVI mais pour les consultations simples, lŽassurance ne prend rien en charge. Il faudra se faire rembourser par la SECU a notre retour. Alors, Jerome demande a la reception de notre hostal ou nous pouvons trouver un bon medecin. On nous conseille dŽaller a lŽhopital situe pas tres loin dŽici. Nous y allons a pied. Dur dur pour Nathalie entre la fievre et le ventre vide, elle est plutot faible. LŽhopital en question est en fait un centre de la Croix Rouge. Nous allons a lŽaccueil et demandons a voir un medecin. "Consulario 1" (numero du cabinet) et ca coute 12 Bolivianos (environ 1 Euro). Quelques minutes plus tard, la doctoresse appelle " Natalia !" Nous entrons dans son cabinet. On explique le probleme. Elle osculte Nathalie et en tatant son ventre de ses mains, elle annonce "es una infección intestinal". Elle remplit lŽordonnance et nous allons a la pharmacie de la Croix Rouge. Il y en a pour plus cher de medicaments (112 Bs) que de consultation.
Nous retournons a lŽhostal Casona ou Nathalie se recouche.
Jerome sŽoccupe toujours de mettre les photos sur le blog et commence a prospecter pour son futur travail.
Samedi 19 Avril 08 (bon anniversaire Jerome !)
La journee commence mal : la seńorita de la reception veut nous refaire payer les tickets de bus. En fait, mercredi, nous avons achete avec lŽhostal Casona des tickets de bus pour aller a Sucre. Comme Nathalie etait malade, nous les avions annules jeudi matin et les avions reportes a vendredi. Comme le vendredi, ca nŽallait pas mieux, on les a annule a nouveau et on a demande a ne pas re-reserver de date pour le moment. A ce moment la, a la reception, il y avait la seńorita et lŽautre monsieur qui travaille la le soir et sŽoccupe du gravage des CD et DVD. Ce faisant, Jerome en a profite pour lui payer le gravage des DVD fait ces derniers jours. Lorsque le le monsieur lui rend la monnaie des DVD, la seńorita pense quŽil lui rembourse la monnaie des tickets annules. Ainsi, ce matin, lorsque nous avions voulu reserver enfin notre trajet de bus, la seńorita veut nous faire repayer les tickets. Elle ne veut rien entendre, bien quŽelle precise quŽelle ne soit pas sure de ses dires. Elle essaie de joindre le monsieur sur son portable mais il est evidemment injoignable. Nous restons toute la matinee a la reception a attendre quŽelle reitere son appel afin quŽelle puisse avoir confirmation de notre non-renboursement. Pendant ce temps, elle, elle lit la priere avec deux autres femmes. Serait-ce des temoins de Jeovah ? Il est midi. Le bus part a 13h00. Elle ne veut toujours pas rendre nos tickets bel et bien payes. Le monsieur est toujours injoignable. Le ton monte. Elle est reellement de mauvaise foi, butee et se plaint en plus que nous nŽarretions pas de changer les dates. Quelle pou.... ! On trouve quand meme un arrangement : elle nous propose de sejourner dans lŽune des deux auberges affiliees a lŽhostal Casona a Sucre, elle se renseigne et nous fera savoir la-bas si cŽest bon. Nous acceptons et choisissons lŽhostal Amigo. Elle nous rend enfin nos tickets.
Le temps presse, il est 12h20. On prend un taxi qui nous conduit a la gare routiere. Notre bus est flambant neuf (compagnie Transtin Dilrey) et a 13h00 piles, nous partons en direction de Sucre. |